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06 janvier 2020

Intermines
Rêver au travail !

Il y a un an, je vous présentais mes vœux de bonheur en vous invitant à prendre de la distance vis-à-vis de cette injonction à trouver le bonheur au travail. En cette fin d’année 2019, tout indique que nous devrons passer de plus en plus d’années au travail, alors pourquoi finalement ne pas y chercher et trouver le bonheur ?

Dans un article publié dans le Figaro Madame, le philosophe Ollivier Pourriol se pose la question : à quoi tient le bonheur du travailleur ? * Cet article m’a semblé tout indiqué pour évoquer le sujet avec vous, convoquant à la fois un ingénieur de Roissy et Gaston Bachelard. Qui pourrait en effet mieux que ce dernier, « philosophe des sciences et de la poésie », convaincre des ingénieurs de porter attention « aux puissances oniriques du travail et à ses rêveries intimes » ?

C’est d’autre part l’occasion pour moi de vous livrer un de mes secrets d’accompagnement en tant que conseiller carrière, rôle régulièrement investi par celles et ceux qui viennent nous voir du pouvoir magique de les aider à trouver le bonheur au travail. La manière de questionner du conseiller est souvent vue comme sa baguette magique qui va révéler la source du bonheur, dans la tradition de la maïeutique socratique. Je dois vous avouer que les questions que je pose ne me sont utiles qu’au service d’un processus qui pourrait s’appeler « faire rêver ». A l’extrême, peu importe la question, pourvu qu’il ou elle rêve.

L’art de l’accompagnement consiste  donc davantage à repérer dans les propos les indices du bonheur que  la personne est venue chercher. La question sert de mise en mouvement, la plupart du temps de mise en mots, mouvement qui va révéler ce que la conscience se refusait jusqu’alors de voir, comprendre ou accepter. L’accompagnement repose ainsi tout autant sur la phénoménologie que la maïeutique. Ce sont par exemple un éclat dans le regard, une inflexion dans l’intonation, un relâchement du corps, qui marque une rupture dans ce qu’avait été le mouvement, le discours jusqu’à présent. Cette rupture m’indique que la personne s’est mise à rêver. Il reste ensuite à l’aider à saisir ce rêve pleinement pour ne pas le lâcher.

Faire advenir un tel moment dans la rencontre n’est pas facile, tant notre culture, en particulier chez les ingénieurs, pose des interdits au rêve (Qui n’a pas entendu ou prononcé la sentence « Arrête de regarder par la fenêtre et fais tes devoirs ! »). Quand je demande à des élèves en école d’ingénieur de me décrire leur projet professionnel, la plupart me répondent qu’ils ne savent pas encore. Quand je leur demande ce qu’ils apprécient dans leurs activités scolaires ou extra-scolaires, soudain leur discours s’anime, avant de s’éteindre quand je leur demande pourquoi ils ne feraient pas pareil au travail : « Mais ce n’est pas possible, Monsieur, le travail c’est sérieux ! » L’accompagnant que je suis doit donc s’autoriser à rêver pour deux, jusqu’à ce que s’ouvre une brèche dans le mur de rationalité, comme une trouée dans un ciel d’orage d’où s’échappe un rayon de soleil, et qu’ils osent mettre des mots sur ce que, au fond d’eux, ils ont vraiment envie de faire.

Si à votre tour vous souhaitez découvrir de nouvelles clés à la recherche d’un travail plus heureux, vous pouvez vous-même construire un cadre permettant à votre imagination de s’échapper. Le livre de développement personnel que l’on vous aura certainement offert à Noël vous apportera les bonnes questions. Mais vous l’aurez compris, si vous le lisez comme vous relisez les rapports ou procédures au travail, peu de chance que cela fasse effet. Repérez les contextes qui vous portent davantage à rêver : l’heure de la sieste, le balancement du train, un banc au parc… pour certains il faudra peut-être abandonner la lecture au profit d’un podcast et d’une voix hypnotique. Lisez en laissant flotter votre attention et qui sait, celle-ci sera peut-être happée par la page et vous vous retrouverez comme Alice de l’autre côté du miroir.

Que cette nouvelle année qui commence foisonne de rêves et, comme les appelle Ollivier Pourriol, de « rêveurs agissants ».

*article paru dans Le Figaro Madame le 7 novembre 2019 et reproduit sur la page Facebook de l’auteur https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10157983071197859&set=a.10150181064837859&type=3&theater

Cyril Chamalet (P95) Conseiller Carrière et coach


Philippe GARNIER (N 1972 ICiv)
Il y a 1 mois
Bravo Cyril pour cette riche ouverture! Le rêve, le plaisir, etc. sont trop souvent opposés au travail considéré comme une fatalité, un devoir auquel la retraite permettra enfin d'échapper Cf. situation actuelle. C'est hélas justifié dans les métiers pénibles, disons pour simplifier d'exécution. Mais lorsqu'on a la chance de travailler dans les métiers d'ingénieur, le rêve et le plaisir sont non seulement possibles, mais source d'efficacité. Encore faut-il se les autoriser.

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