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25 janvier 2019

Intermines
Florian Chosson (N 2013) et Routine : le goût de faire pour apprendre

Interview réalisée par Philippe Pernot (N 71)

 

Florian Chosson, (N13) est le fondateur de la marque Routine qui commercialise des montres made in France.  

 

Florian, peux tu nous dire comment tu es venu à ce projet en sortant de l’Ecole ?

La genèse de mon projet remonte bien avant ma sortie de l’Ecole. Plus jeune je n’étais pas très porté sur l’école ; en première j’ai opté pour un bac pro que j’ai fait en alternance dans un atelier de maintenance de la SNCF. Fort d’un bon résultat j’ai continué sur un BTS toujours à la SNCF ; puis classes préparatoires et entrée à l’Ecole où j’avais quelques années de plus que mes camarades. Cela ne m’a pas gêné car la responsabilisation donnée dans les cursus de l’Ecole rend tout le monde adulte rapidement.

Les temps forts de l’Ecole ont été pour moi les 3 stages que j’ai effectués dans des industries très différentes : Safran, Cartier puis Nestlé. Ces stages ont contribué de manière différente à forger mon projet : renforcer mon gout des situations industrielles et dans le dernier cas me montrer que je n’étais pas fait pour travailler dans des sièges avec des ambiances très compétitives.

Pour mon stage chez Cartier, l’horlogerie à la Chaux de Fonds  en  Suisse a été un hasard : en postulant chez Cartier je voulais découvrir comment les industries du luxe managent  des artisans, ce qui est différent de ce qu’on voit dans l’industrie.

En sortant de l’Ecole et j’avais compris qu’il me fallait donner du sens au métier que je choisirais et j’avais découvert un super produit et qui en plus faisait appel à l’esthétique ; mais les marques françaises ne fabriquent pas en France, alors qu’il y a une filière française de l’horlogerie.

J’ai donc décidé que la solution était de créer ma marque en valorisant cette filière. Tout ce que j’avais fait à l’Ecole et avant a contribué à cette décision.

 

Comment tu t’y es pris, alors que tu débarquais dans un métier assez nouveau pour toi ?

Il était clair dès le début que je ne fabriquerais pas moi-même.  J’ai donc recherché les artisans et industriels pouvant travailler avec moi. Cela n’a pas été simple car les acteurs dans ce métier sont très mono produit sur une seule pièce de la montre ; par exemple j’ai un fournisseur qui ne fait que des aiguilles. Et puis j’ai contacté ces fournisseurs et je leur ai expliqué mon projet.


Ils ne t’on pas accueilli comme un extraterrestre dans ce métier qui doit être assez traditionnel ?

Si, certains n’ont pas compris le projet : on leur avait tellement dit que pour être abordable il fallait fabriquer en Chine ou alors que l’image de marque était associée à la Suisse, qu’ils ne voyaient pas bien comment une marque française  qui fabrique en France pouvait réussir. Ce sont souvent de petites sociétés familiales d’une quinzaine de personnes qui fournissent les mêmes pièces aux grands noms depuis des années et n’imaginaient pas un autre modèle. Cela a donc pris du temps mais j’ai acquis de la crédibilité en me montrant professionnel : mon stage m’avait permis de connaitre les différentes pièces d’une montre et je pouvais parler avec eux en utilisant les termes techniques du métier. J’ai fini par trouver une dizaine de fabricants pour les différentes pièces de la montre.

 

Et pour la conception et le design tu t’y es pris comment ?

Pour moi l’esthétique était importante. J’ai travaillé avec un copain qui avait fait du design et que j'avais rencontré dans mon stage chez Cartier. J’ai aussi travaillé avec un graphiste. Ma valeur ajoutée a été de comprendre qu’il ne suffisait pas de faire un beau design, mais qu’il fallait que ce soit fabricable  à un coût abordable. Mon cahier des charges était de faire une montre abordable pour tout le monde. Quand je suis allé voir les sous traitants avec les premiers design, ils m’ont dit c’est possible mais ça va te coûter très cher. La solution a été de faire de la co-conception avec eux pour arriver à un produit qu’ils puissent fabriquer à un coût raisonnable mais qui soit beau et intelligent.

 

Ensuite il a fallu financer la fabrication des prototypes : tu avais des fonds ?

En fait quand il a fallu commencer à fabriquer j’avais épuisé les économies que j’avais faites pendant mon alternance. J’ai heureusement pu bénéficier d’un prêt bancaire et d’un prêt d’Initiactive qui m’ont permis de lancer la fabrication ; et mes parents m’ont également aidé. Je ne suis pas allé vers des Business Angels car c’était ma première expérience d’entrepreneur et je n’avais pas d’expérience du pitch pour me vendre.

 

Tu ne t’es pas senti un peu seul dans cette aventure ?

Si, au bout d’un moment j’ai réalisé que je n’y arriverais pas sans être entouré. C’est pourquoi je suis rentré dans un incubateur : c’est une expérience très riche qui permet de s’entourer d’autres entrepreneurs et d’échanger des expériences. J’ai choisi l’incubateur Makesense qui accueille des entrepreneurs engagés pour résoudre des défis sociaux et environnementaux.  Par ailleurs j’ai rencontré Thomas Huriez le fondateur de 1083 qui commercialise des jeans et vêtements fabriqués en France. 1083 est enté au capital de Routine et m’apporte beaucoup en terme de savoir faire dans la commercialisation. En effet pour l’instant je débute en commercialisant uniquement en ligne, mais la vocation de Routine est de redévelopper la filière française de l’horlogerie : il faut pour cela développer un réseau de distributeurs et je n’ai aucune expérience pour cela. L’aide apportée par Thomas dans ce domaine m’est très précieuse.

 

Quelles sont tes prochaines étapes ?

Tout d’abord de réussir la campagne de financement participatif sur Ulule : l’objectif initial était d’atteindre 100 commandes. En fait nous avons dépassé 500 dont 300 à livrer avant Noël. La marge dégagée par ces préventes permet de lancer la fabrication de d’avantage de montres. J’ai d’ores et déjà lancé la fabrication de 1000 montres. Ensuite lancer mon site web et démarrer la vente en ligne, puis aborder les distributeurs, dont certains m’ont déjà contacté.

Il faudra ensuite penser à élargir l’équipe. Je pourrai alors élargir la gamme. Parmi mes rêves il y a les mouvements mécaniques et automatiques, mais ce n’est qu’en vendant suffisamment de montres à quartz que j’aurai les moyen de le faire.

 

 Tu ne penses pas que trop de choses reposent sur tes épaules aujourd’hui ?

 

Si.. Même si travailler seul au début m’a permis de beaucoup apprendre, je réalise que cela va devenir un risque et je vais devoir créer une équipe. Mais je ne voulais pas le faire avant parce que je voulais apprendre moi-même. Je n’avais jamais fait de marketing ; comment aurai-je pu challenger un responsable marketing sans l’avoir fait moi-même au début ?

 

C’est toujours ton fil directeur de pratiquer pour apprendre !

Pour terminer quels sont les conseils que tu pourrais donner à un jeune camarade qui veut créer son entreprise ?

Tout d’abord de savoir s’entourer, de chercher les compétences et les conseils. Pas forcément auprès de copains. Travailler avec des copains c’est compliqué. Mais trouver autour de soi des gens qui peuvent apporter une vraie valeur ajoutée. La collaboration avec Thomas Huriez m’a beaucoup apporté.

Et ensuite être à l’écoute, ça ne veut pas dire changer d’avis en fonction de ce que l’on entend, mais tout en gardant avec détermination son projet, savoir tenir compte des messages qui sont passés. J’ai beaucoup bénéficié de l’échange avec mes fournisseurs et j’essaie d’écouter mon marché ; mais j’ai toujours gardé mon projet initial de faire une montre française abordable pour le plus grand nombre et qui renforce la filière française de l’horlogerie.

 

Merci Florian, Bravo et bon vent !

 

 

 

 

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